De la dentelle pour sauver le corail

Un peu de dentelle, une dose d'art contemporain et beaucoup d'espoir pour les coraux !

Jérémy Gobé, jeune artiste de 34 ans a eu un jour de 2017, l’idée un peu folle d’utiliser de la dentelle pour favoriser la régénération des coraux.
Cette idée est-elle vraiment insensée ?

Jérémy Gobé
Jérémy Gobé

Jérémy Gobé, artiste plasticien

Lauréat 2020 du prix international de l’art sous la mer de la fondation Jacques Rougerie et du prix Pierre Cardin de l’Académie des Beaux-Arts, Jérémy Gobé est un jeune artiste français très actif. Enfant, il s’imaginait dessinateur, « quelqu’un avec une salopette dont les poches sont remplies de crayons de couleur. »
Après un bac scientifique et une première année dans un école d’architecture, il se redirige et entre aux Beaux-Arts de Nancy. Il enchaîne brillamment avec l’École des Arts Décoratifs de Paris dont il sort diplômé en 2012.
Depuis, il ne cesse de créer. Il s’intéresse beaucoup aux gestes artisanaux et aux savoir-faire qui se perdent dans notre société (usines textiles de l’est de la France par exemple).
Il a déjà exposé dans de nombreux lieux en France (Palais de Tokyo, CENTQUATRE-Paris, Fondation Bullukian…) et à l’international (Bass Muséum Miami, Hangzu China Muséum, Shanghai Yuz Museum…)

Jérémy Gobé en plein travail
Jérémy Gobé. Photo de Thomas Granovski

Pour Jérémy Gobé, « l’art contemporain n’est pas déconnecté de son époque […] il peut servir de liant entre les différents domaines de la société pour développer des réponses aux grands enjeux de notre époque. »

« Les coraux sont les architectes de la mer » Isabelle Domart-Coulon.

En 2010, Jérémy Gobé découvre par hasard des morceaux de coraux chez Emmaüs dans un carton abîmé. C’est un coup de foudre immédiat.
« J’ai trouvé ça magnifique, j’aurais tellement aimé être à l’origine de cette œuvre. »
Ainsi, il veut alors tout savoir et rencontre Isabelle Domart-Coulon, Chercheuse au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Elle lui explique la vie des coraux et surtout leur disparition progressive.

Les coraux qui s’assemblent pour former des récifs coralliens abritent 25% de la vie marine de notre planète.

Coraux avec des poissons clown
Coraux abritant des poissons clown. Photo de Pexels

Or, environ un quart des récifs coralliens mondiaux a déjà subi des dégâts irréversibles, et deux tiers sont gravement menacés. En cause, le réchauffement climatique, l’acidification de l’eau et l‘intensification de l’activité humaine.
De là, il commence à réaliser des œuvres pour sensibiliser le public à la disparition des coraux : une série d’œuvres appelées «Corail Restauration» .
Ces créations forment des organismes hybrides, mi-animaux, mi-objets.

Corail artefact, sculptures.
Corail artefact, sculptures, Jérémy Gobé Squelette de corail, peinture écologique et dentelle, dimensions variables, 2018-2019.

« Si nous n’agissons pas d’urgence pour diminuer les effets du réchauffement climatique, de la pollution, de la surpêche et autres menaces, ces organismes où la vie prospère vont disparaître d’ici 2050 »

Le point d'esprit (Cluny), une solution ?

En 2017, Jérémy Gobé est invité au festival international des textiles extraordinaires à Clermont-Ferrand. Il découvre la dentelle dans une fabrique du Puy-en-Velay, la SCOP Fontanille. Pendant sa visite, il est frappé par la ressemblance entre un point de dentelle qui fait la réputation de la dentelle du Puy-en-Velay : le point d’esprit (ou Cluny), et la structure d’un corail.

Comparaison entre corail et dentelle
A gauche : détail d'un corail. A droite : Détail du point d'esprit.

Sachant que les spécialistes en biologie marine cherchent un support de développement pour le corail, naît dans son esprit l’idée, que cette dentelle pourrait être le support idéal de croissance pour le corail ; Au point qu’ il en parle à Isabelle Domart-Coulon, qui ne trouve pas l’idée si loufoque que cela.
En effet, selon elle, « cette dentelle a la souplesse et la transparence du tissu vivant. Elle est composée de fibres végétales biodégradables. Et le coton est une matière suffisamment rugueuse pour que les bébés polypes puissent s’agripper ».

En conséquence, Jérémy Gobé crée, à ce moment là, la société et le fonds de fondation Corail Artefact.

Logo de Corail Artefact

Elle a pour objectif de développer des solutions de régénération et de reconstruction des récifs coralliens, des alternatives aux objets plastiques, des programmes de sensibilisation et d’éducation pour une solution globale à la disparition des coraux à travers le monde.

En mars 2018, les premiers essais sont lancés à l’Aquarium tropical du palais de la Porte-Dorée et dans les laboratoires du Muséum national d’histoire naturelle à Paris par d’Isabelle Domart-Coulon et son équipe.
Les résultats sont plutôt concluants. Les larves mises en contact de la dentelle s’ y sont bien accrochées.
Avec du coton normal, le taux de réussite est de 25 % et 45 % avec du coton biologique.

Test en laboratoire
Test en laboratoire. Photo de Corail Artefact.

Des projets et des collaborations pleins d'espoir

Par ailleurs, l’artiste plasticien lance une collaboration avec les manufactures du Mobilier national et l’Atelier conservatoire national de la Dentelle du Puy-en-Velay dans le but de réaliser une dentelle biomimétique inspirée du corail, Après des heures et des heures de travail, Jérémy Gobé et les équipes de l’atelier du Puy-en-Velay ont réalisé la dentelle la plus analogue au corail. Cette dentelle a deux objectifs ; devenir la matière première d’œuvres présentées lors de futurs événements; et servir pour les futurs tests scientifiques de Corail Artefact.

Jérémy Gobé à la fabrique de dentelle

Il collabore également avec Nausicaà (Centre National de la Mer à Boulogne-sur-mer) pour créer une dentelle nouvelle génération, qui, une fois le récif régénéré, pourra se dissoudre dans l’eau, en laissant un milieu marin sain, naturel et préservé.

Il s’agit aussi de trouver une autre fibre végétale que le coton car celui-ci se dégrade trop rapidement dans l’eau.

Pour cela, il a créé de nouveaux prototypes de dentelle à base de lin, de chanvre et de bambou. Les premiers tests ont lieu actuellement en Guadeloupe en partenariat avec la société Coraïbes dans le bassin extérieur d’un aquarium.

Prochaine étape, la ponte annuelle des coraux qui a lieu en août aux Antilles.

En somme, l’art peut ainsi sensibiliser mais aussi inspirer des solutions concrètes pour notre planète.
Souhaitons que ce projet rencontre le succès que les magnifiques et si importants récifs coralliens méritent !

Karen H.

Pour en savoir plus :

Sources :

– Interview pour le Cube : Les actes – épisode 1
– Confinews, le média du déconfinement, article du 18 janvier 2021
– Connaissance des arts. François Salmeron. N° 2075 18 décembre 2020.
– La Croix l’Hebdo. Sabine Gignoux, article du 22 janvier 2021- Paris Match Document, Frédéric Féron. N°3707 du 20 mai 2020
– Site corailartefact.com
– Site jeremygobe.info

Que pensez-vous de ce projet ?
Avez-vous entendu parlé d’autres initiatives de ce type ?
Si c’est le cas, n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire. Cela m’intéresse beaucoup.

Cet article a 4 commentaires

  1. Delphine

    Super intéressant ton article 😀

  2. Véronique

    Très instructif et passionnant. Bonne continuation pour ton blog.

    1. Karen

      Merci beaucoup. Je ne compte pas publier 50 articles par mois mais ça me permettra de partager mes découvertes les plus intéressantes 😉

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